Têtes siciliennes

On les appelle teste di moro en Sicile. Ce sont des vases-portraits en céramique, presque toujours conçus par paire — un visage d’homme, un visage de femme — et couronnés. En France on les voit surtout comme des objets décoratifs ; en Sicile, ce sont d’abord des cache-pots, et c’est ainsi qu’ils sont les plus beaux.

D’où elles viennent

La légende que les céramistes racontent situe l’origine à Palerme, dans le quartier de la Kalsa, autour du XIe siècle : une jeune femme et un marchand maure, une trahison, une fin sanglante. L’histoire vaut ce que valent les légendes — mais elle explique pourquoi ces têtes vont par deux et pourquoi elles portent une couronne.

La production, elle, est bien documentée. Elle se concentre sur deux villes de céramique : Caltagirone, dans les terres, et Santo Stefano di Camastra, sur la côte nord. Les ateliers y travaillent la faïence émaillée selon des gestes qui n’ont pas changé : tournage ou moulage, première cuisson, décor au pinceau, émail, seconde cuisson. L’or, lui, exige une troisième cuisson à plus basse température.

Reconnaître une pièce peinte à la main

C’est là que se joue la différence de prix, et elle se vérifie à l’œil nu en trente secondes :

  • Les sourcils et les cils. Peints au pinceau, ils ont une attaque et une sortie : le trait est plus épais au départ, il s’affine. Un décor imprimé au transfert est d’épaisseur constante.
  • La symétrie. Les deux moitiés d’un visage peint main ne sont jamais identiques. Une symétrie parfaite trahit une décalcomanie.
  • L’or. Un or véritable, cuit en troisième passe, réfléchit comme un miroir et présente de très légères irrégularités. Une peinture dorée appliquée à froid est mate, granuleuse, et s’écaille à l’ongle.
  • Le poids et le fond. Une pièce d’atelier est lourde. Retournez-la : le fond doit être en biscuit non émaillé, souvent signé ou estampillé, avec un trou de drainage si la pièce est prévue pour une plante.

Comment l’installer chez soi

L’erreur la plus fréquente est de la poser trop bas. Une tête sicilienne est un portrait : elle se regarde à hauteur d’œil ou légèrement en dessous. Sur une console, une cheminée, le haut d’une bibliothèque.

En paire, laissez-leur de l’air — au moins la largeur d’une tête entre les deux — et placez-les en léger vis-à-vis plutôt que strictement de face. Seule, une grande tête tient un mur entier : ne l’encombrez pas.

Pour la garnir : une orchidée blanche, un olivier nain, un citronnier, ou simplement des branchages. Évitez les fleurs très colorées, qui entrent en concurrence avec le décor.

Entretien

Chiffon doux et sec, ou à peine humide. Jamais de lave-vaisselle ni de produit abrasif : l’or de troisième cuisson ne le supporte pas. Si la pièce accueille une plante, un cache-pot intérieur en plastique évite que l’humidité ne s’installe dans le biscuit du fond.

En extérieur, rentrez-les l’hiver. La faïence est poreuse : l’eau qui gèle dans le tesson fait éclater l’émail, et le dégât est irréversible.

Voir en vrai

Têtes siciliennes — à voir en boutique.

La boutique est au 14 rue Edmond Rostand, 13006 Marseille, à deux pas de la Préfecture — ouverte du lundi au samedi, de 10h à 19h.